C’est par ou la vie ?

Où est-il ?…
Il doit bien être quelque part !
Où est-il ?
Il est peut-être dans une ligne de métro…
Dans les vers d’une chanson oubliée, qui attend fébrile, qu’on la réanime
Il est peut-être de poudre, paquet enfoui dans un baril de lessive
Ou sur la pointe d’une flèche qui n’a jamais pris élan…
Ou dans les lignes d’un mandala tibétain ?
Dans les strates d’une stéatite sculptée du grand nord ?
Dans les variations subtiles du chant de l’alouette ?
Mais enfin, où est-il ?
Il doit bien être quelque part !
Dans les étoiles peut-être…
Caché dans les pixels du ciel au plus profond de la voie lactée
Ou juste suspendu accroché comme un attrape-rêves
Sur une étiquette qui gratte et qu’on ignore au revers d’un col de chemise
caché au sein d’un code barre dans un supermarché
Dans une notice, c’est dommage ou c’est heureux, oubliée à la naissance
Tatoué juste là au coin des lèvres, ou accroché aux oreilles, en boucles invisibles…
Sur le bord d’un code génétique…
Où est-il ?… Il doit bien être quelque part !
Sur un rond, dans un carré, dans un point G, un rond-point G ?
Dans une trappe secrète
Dans l’élan d’une conversation
Dans un mouvement de danse
Dans une phrase captée au vol
Dans tout ce que l’on s’est dit
Dans ce que l’on ne s’est pas dit…
Au cœur d’un glaçon dans un verre de whisky
Dans un morceau de banquise qui se détache
Au creux des reins, dans une brindille
Dans une goutte d’eau
Entre ici et là-bas, entre maintenant et plus tard, entre toi et moi,
dans l’éclat d’une comète
Dans l’espace d’un instant
Dans l’éternité du monde
A côté de nous assis sur une chaise à bascule
Accroché au sourire d’un enfant
Dans l’éclat d’un rire, capturé dans de l’ambre…
Dans ce qui est encore à venir
Dans ce qui n’existe déjà plus
Dans l’inattendu
Dans un baiser volé ou bien donné
Dans un itinéraire bis, sur un péage d’autoroute
Ecrit à moitié sur un papier de carambar
Peut-être juste là sous nos pieds
Il doit bien être quelque part !
Il doit bien être de quelque nature…
Ou doit-on parler de la danse de la vie ?
S’agit-il d’encenser la vie ?
Le sens est peut-être à la source …
à moins que la source ne soit le sens …
il est peut-être notre 6ème sens !
il est aussi peut-être pure sens-fiction…
Mais il n’est pas à nous seuls
Il appartient aussi aux quelques 110 milliards d’êtres humains qui nous ont précédés
Et peut-être que la question n’est pas où, mais quand ?
Nombre de gens qui s’attaquent à l’Everest prétendent, comme l’a dit l’alpiniste britannique George Mallory, qui y a trouvé la mort en 1924, que c’est « parce qu’il est là »
Il n’y a pas de sens tant qu’on ne prend pas de direction.
Pascal Shaefer